Voilà une des phrases que j’entends de manière presque systématique face à une femme ou un homme ayant été maltraités. Qu’il s’agisse de viol, d’inceste, de violences sexuelles ou d’abus répétés, le discours est souvent le même : « Ce n’est pas si grave finalement, et c’est aussi un peu ma faute ».

Ce type de pensées peut survenir rapidement après les évènements vécus, ou plus longtemps après, et perdurer pendant des années. Au fil du temps, cette pensée, aussi toxique qu’envahissante, va sournoisement s’infiltrer dans tous les domaines de la vie, jusqu’à ce que la personne en arrive à penser qu’elle ne mérite rien et ne vaut pas grand-chose… L’estime de soi et l’identité sont alors dévastées.

Il est vraiment très important de s’attarder sur ces pensées, qui, à un moment, ont permis de se protéger, de survivre, de mettre les évènements « à distance » mais qui, aujourd’hui, font blocage. S’ajoutent très souvent à ces pensées un sentiment de honte et de culpabilité : « je l’ai un peu cherché, je n’ai pas été assez prudent(e), je n’avais pas été gentil(le)… », ou encore « Il/Elle n’e voulait pas me blesser, j’ai exagéré… ».

Ceci est d’autant plus courant que, malgré quelques avancées, il reste dans la société encore trop de tabous sur ce sujet, et des difficultés parfois à reconnaître une victime comme telle.

 

Ces pensées ne sont absolument pas la réalité 

Je vous propose un petit exercice rapide pour que vous preniez conscience du décalage de ce type de pensées avec la réalité :

Asseyez-vous sur une chaise. Face à vous, installez une chaise vide et imaginez un ami très cher y est installé.

Imaginez un instant que cet ami vienne se confier à vous sur une violence sexuelle qu’il a vécu. Et qu’il en arrive à vous dire que, de toute façon, il ne méritait pas mieux, et qu’il faut passer à autre chose… Lui diriez-vous qu’il a raison ? Accepteriez-vous qu’il pense cela ? Qu’il est ce lui une si mauvaise image ? Que lui diriez-vous… ?

Et bien, c’est la même chose pour vous !

 

Le rôle des pensées toxiques :

Ces pensées, parasites et dysfonctionnelles, sont un barrage qui permet de « tenir », de faire comme si tout été normal et de retenir un flot d’émotions et de détresse. Certes, cela peut empêcher, à un certain niveau, de souffrir de manière trop intolérable. En quelque sorte, elles nient une partie de la réalité. Mais, malgré tout, la souffrance demeure… Sans oublier un fait essentiel : en bloquant ces émotions difficiles, c’est tout votre élan de vie qui est bloqué.

Je le répète, il est absolument logique de se protéger… Mais, aujourd’hui, avec douceur et respect ,, il est aussi important, aujourd’hui, de s’autoriser à vivre et de reprendre son droit à la joie et à l’amour.

 

Deux prises de conscience essentielles :

  • Non, quoi qu’il ait pu se passer, personne ne mérite en aucun cas d’être maltraité, frappé, violé.
  • Si, c’est grave.

Cette étape est nécessaire pour que prendre conscience de son statut de victime et pouvoir sortir de son état de sidération et de son traumatisme.

Se reconnaître comme victime d’un agresseur permet de pouvoir reprendre possession de ses sensations, de ces émotions, et de les explorer en thérapie, pour se ré appartenir et retrouver son corps, son intimité et son identité.

Colère, peur, tristesse, douleur peuvent alors s’exprimer, à l’intérieur d’un être humain qui se reconnaît comme tel. Ces émotions laisseront petit à petit la place à la joie, la douceur et la bienveillance envers soi, dans un corps et une identité restaurés.

 

Accepter la réalité pour aller vers soi et restaurer l’amour de soi :

Se reconnaître comme victime, c’est reconnaître avoir été blessé profondément. C’est remettre la situation dans une réalité objective.

C’est aussi sortir de la victimisation. En effet, être victime revient à se reconnaître comme spolié, pour pouvoir avancer et récupérer ce qui est à soi. Rester dans la victimisation revient à rester dans la peur et la colère, donc aux mains des abuseurs…

Cette étape est fondamentale. Une fois accueilli avec un grand respect les émotions longtemps laissées enfouies de colère, de peur et de tristesse, alors, la personne peut recommencer à s’exprimer en son nom, et se retrouver petit à petit.

Au fil du temps, c’est l’amour de soi et l’élan vital qui vont pouvoir reprendre le dessus. La rencontre avec soi et ses désirs profonds n’en est alors que plus forte, et ces retrouvailles seront alors permanentes.

 

Alors, je vous le demande à nouveau : cet ami, sur la chaise en face de vous, qu’allez-vous lui dire ?